Tout d’abord, pas d’affolement : il faut savoir de quoi il s’agit. Une tumeur peut être une lésion liquidienne, que l’on appelle kyste, ou une lésion tissulaire. Au sein des lésions tissulaires, que l’on appelle tumeurs, il peut y avoir des tumeurs bénignes sans risque de cancérisation, des tumeurs malignes à faible agressivité et des tumeurs malignes à forte agressivité.
Pour déterminer la nature de ces lésions, il faut donc s’aider de l’imagerie. On a à disposition l’échographie à travers la paroi, utilisant des ultrasons, le scanner, utilisant des rayons X, et l’IRM. Ces deux derniers examens sont des examens en coupe, où l’on est allongé dans une machine qui donne beaucoup d’informations. Mais l’examen de référence pour l’exploration du pancréas est ce qu’on appelle l’écho-endoscopie. L’écho-endoscopie est une échographie, c’est-à-dire des ultrasons, réalisée au bout d’un endoscope, ce qui permet de positionner la sonde d’échographie dans l’estomac, organe qui est au contact immédiat du pancréas. Les images obtenues ont donc une très bonne définition. C’est pour cela que l’écho-endoscopie est l’examen de référence pour l’exploration de toute lésion du pancréas.
L’écho-endoscopie a donc plusieurs intérêts. Tout d’abord, en termes de diagnostic et d’obtention d’image : comme je vous l’ai dit, il s’agit de l’imagerie qui permet de définir avec le plus de finesse la nature des lésions. L’écho-endoscopie permet également d’effectuer des prélèvements. En cas de lésion kystique, liquidienne, les prélèvements permettent de réaliser des analyses biochimiques au sein du liquide, ce qui permet de caractériser au mieux la lésion. Et mieux que cela : depuis quelques années, sous écho-endoscopie, on peut amener un petit microscope — on appelle cela l’endomicroscopie confocale — au contact de la paroi des kystes, afin de définir de quel kyste il s’agit. Pour les lésions tissulaires, l’écho-endoscopie permet de faire des prélèvements, c’est-à-dire de retirer un petit bout de tissu : cela peut se faire sous écho-endoscopie. Grâce à cet examen, on peut donc déterminer si la lésion est bénigne, maligne à faible risque agressif, ou maligne plus agressive. Enfin, l’écho-endoscopie permet également de traiter ces lésions, puisque pour certaines tumeurs, notamment les tumeurs neuroendocrines, mais aussi d’autres tumeurs bénignes, on peut procéder à une destruction de ces lésions par radiofréquence, qui est un type de micro-ondes que l’on peut amener au bout de l’aiguille d’écho-endoscopie.
Il y a donc beaucoup de diagnostics possibles lorsqu’on vous parle de lésions du pancréas. C’est pour cela que je disais en début de vidéo : pas d’affolement. Surtout quand on regarde la fréquence de ces lésions. Les lésions les plus fréquentes sont les lésions kystiques, qui ont un très faible risque de cancérisation, avec des lésions comme le cystadénome séreux, sans aucun risque de cancérisation, ou des lésions à très faible risque comme la TIPMP (la Tumeur Intracanalaire Papillaire et Mucineuse du pancréas), dont la plupart n’ont aucun risque, ou un risque de cancérisation extrêmement faible, de moins de 1 %, notamment dans les formes qui ne touchent que les canaux secondaires. On estime par exemple que près de 1 % de la population est porteuse de ce genre de lésion kystique pancréatique.
Et puis il y a les lésions tissulaires, avec les tumeurs parfaitement bénignes, les tumeurs malignes mais à faible risque dégénératif, comme les tumeurs endocrines ou les tumeurs pseudopapillaires et solides, et enfin les tumeurs plus agressives comme l’adénocarcinome du pancréas, qui est la maladie la plus connue des tumeurs pancréatiques. C’est pour cela que le cancer du pancréas a si mauvaise presse : il existe cette forme assez agressive, dont l’évolution est assez rapide si la maladie n’est pas prise au début. Même dans cette maladie-là, le diagnostic peut être porté au début et permettre une chirurgie pour retirer la tumeur. Et si la maladie est un peu plus avancée, d’autres traitements avant la chirurgie peuvent être envisagés, comme une chimiothérapie et/ou une radiothérapie.
Avoir une lésion du pancréas n’est donc pas forcément quelque chose de dramatique. Attention toutefois : prenez rapidement l’avis d’un gastro-entérologue pour réaliser les examens dont on a parlé, qui permettront, le plus souvent, de vous rassurer très rapidement sur la nature de ces lésions.
On vous a parlé d’une lésion du pancréas et vous vous inquiétez ? Le Dr David Karsenti fait le point dans cette vidéo sur les différents types de lésions, les examens qui permettent de les identifier et les raisons de ne pas céder à la panique.