Le reflux gastro-œsophagien, affection très connue et très fréquente, consiste en la remontée anormale d’acide chlorhydrique, normalement sécrété par l’estomac, sur l’œsophage, entraînant des symptômes souvent à type de brûlure rétrosternale ou d’impression d’acidité, remontant parfois jusqu’à la gorge avec des symptômes ORL. Cette pathologie, qu’on appelle reflux gastro-œsophagien, peut entraîner à long terme une irritation chronique de l’œsophage. Cette irritation chronique de l’œsophage peut entraîner des modifications muqueuses, qu’on appelle endobrachyœsophage, d’où le nom EBO.
Cet endobrachyœsophage se définit par la présence d’une métaplasie intestinale, c’est-à-dire, les mots sont compliqués, mais de transformation de la muqueuse œsophagienne en une muqueuse qui ressemble à celle de l’intestin. La problématique, c’est que cette muqueuse, qui a pour vocation de rendre moins sensible l’œsophage, les patients étant souvent un peu moins symptomatiques lorsqu’ils développent cet endobrachyœsophage, cette muqueuse, malheureusement, a un risque de transformation cancéreuse, de dégénérescence. L’EBO est donc l’une des complications du reflux gastro-œsophagien.
Comme autre complication, le reflux peut entraîner des complications aiguës, des plaies sur l’œsophage qu’on appelle ulcère, des lésions ORL avec des sinusites à répétition, des angines à répétition. Il peut entraîner également le développement de certains champignons sur l’œsophage qu’on appelle candidose, surtout chez les sujets fumeurs ou sous antibiotiques. Et il peut entraîner également des complications chroniques, un rétrécissement de l’œsophage qu’on appelle sténose, ou ce dont on parle aujourd’hui, l’EBO, l’endobrachyœsophage.
Le risque ultime de l’endobrachyœsophage est donc la formation d’un cancer superficiel qu’on appelle adénocarcinome, qui se sera développé lorsque l’endobrachyœsophage n’aura pas été traité, n’aura pas été connu le plus souvent, n’aura pas été traité, et on va parler du traitement, et sur lequel se sera développée de la dysplasie, c’est-à-dire une espèce d’instabilité cellulaire de bas grade, petite instabilité, de haut grade, forte instabilité, puis l’instabilité sort de la cellule, entraînant un cancer superficiel, puis un cancer plus invasif.
Tout cet historique entre la muqueuse normale qui se transforme en une muqueuse modifiée qui ressemble à celle de l’intestin, le fameux EBO, la dysplasie de bas grade, la dysplasie de haut grade, puis le cancer superficiel et le cancer invasif, tout ça ne peut pas se passer en un an. Il faut en général au moins une décennie pour voir ce développement se faire.
Quand on a donc un reflux, qu’on se traite et qu’on se suit par un gastro-entérologue qui vous fera régulièrement une fibroscopie de l’œsophage, le but de cette surveillance, c’est de vérifier que vous ne développez pas cette muqueuse qui petit à petit prend un aspect différent. Si jamais ces modifications apparaissent, cela entraînera une modification de votre traitement, une adaptation de celui-ci et potentiellement une modification de la surveillance.
Enfin, si ça s’est déjà développé, des traitements permettent de retirer cette modification muqueuse. Les traitements reposent sur la résection de ces languettes d’endobrachyœsophage, de ces lésions souvent en raquette qui se développent sur l’œsophage. Elles peuvent être retirées par l’intérieur, par voie endoscopique, toujours par ces techniques de chirurgie endoscopique, ou bien, et ça peut être associé à ces techniques de résection, un traitement par radiofréquence, c’est-à-dire des techniques qui ressemblent au micro-ondes, qui peut être associé au traitement chirurgical endoscopique de l’endobrachyœsophage. Le tout étant de faire ces explorations et ces traitements avant que la situation soit déjà plus invasive et nécessite un traitement plus lourd comme la chirurgie ou la chimiothérapie.
Le reflux est pourtant très fréquent dans la population, donc il ne s’agit pas d’affoler toute la population. Le reflux est fréquent, l’endobrachyœsophage l’est moins, mais on ne sait pas dire chez le reflueur, au début de l’histoire, quand le reflux nécessite un traitement au long cours, quel patient va développer ce type d’endobrachyœsophage.
Consultez donc votre gastro-entérologue si vous avez des symptômes à type de reflux gastro-œsophagien. Traitez-vous par les inhibiteurs de la pompe à protons, qui sont un excellent traitement pour éviter la survenue de l’endobrachyœsophage, et pliez-vous à la surveillance que votre gastro-entérologue vous proposera par fibroscopie, selon un rythme qui sera déterminé par la présence ou non de l’endobrachyœsophage, la présence ou non d’une dysplasie précédemment évoquée.
L’endobrachyœsophage est donc une complication du reflux gastro-œsophagien. Mais heureusement, il se dépiste, il se prévient et il se traite. Le tout pour éviter de faire une complication ultime qui est le cancer de l’œsophage, que vous ne ferez pas si vous allez voir votre gastro-entérologue et que vous vous pliez aux traitements et à la surveillance qu’il vous préconisera.
Vous souffrez de reflux gastro-œsophagien et vous vous interrogez sur ses conséquences à long terme ? Le Dr David Karsenti explique dans cette vidéo ce qu’est l’endobrachyœsophage, pourquoi il faut le surveiller et comment il se dépiste, se prévient et se traite.